Deux âmes
Deux petits bouts d’ange.
Lui a eu deux mois il y a quelques jours ; elle vient tout juste de les avoir.
Aujourd’hui est un jour mémorable : celui de la présentation officielle.
L’air est chargé d’une curiosité émue.
Lui vient de la ville.
Lorsqu’il prend l’air, bien enveloppé et calé sur la poitrine de ses parents, il flâne dans les rues chargées d’humanité, il hume le subtil parfum des arbres en fleurs et se laisse bercer par le ronronnement des moteurs, entrecoupé du roucoulement des pigeons.
Elle vient de la campagne.
Le calme et le rythme lent de la maisonnée, le concert quotidien des oiseaux, l’écho des animaux des fermes et la découpe montagneuse de l’horizon la rassurent, la bercent et l’apaisent sans même avoir à sortir de son jardin.
C’est maintenant…
La présentation.
Chacun retient sa respiration.
D’abord, ils s’ignorent, regardant obstinément ailleurs, tournant la tête dans tous les sens comme de petites girouettes. Puis les regards s’accrochent, se sondent et ne se quittent plus.
Silence.
Le temps s’arrête.
Leurs visages sont inexpressifs. Peu à peu, la commissure de leurs lèvres se relève doucement et l’œil se plisse dans un sourire. Un mélange de surprise et de ravissement les enveloppe.
L’émotion de tous est palpable. Les yeux brillent plus fort qu’à l’accoutumée et des larmes, tremblantes et joyeuses, s’échappent furtivement, laissant une traînée de soie derrière elles.
Lui, il observe cette petite créature qui se met à gesticuler dans tous les sens.
Quelqu’un à sa taille, enfin… et même un peu plus petit.
Habituellement, il se sent si minuscule, entouré de tant d’immensité qu’heureusement les bras rassurants de papa et de maman le protègent de tout.
Avec ce petit être-là, c’est facile de se sentir bien.
Elle, elle admire cette petite personne qui gigote et la fixe de ses grands yeux. Elle décide de mouliner ses bras, puis de commencer le pédalage… et lui, pareil. Il l’imite.
Leurs gestes se font miroir.
Trop drôle.
Elle s’active en gloussant, lui aussi. Un super nouveau jeu.
Ils s’excitent, se stimulent. Les visages sont fendus de joie.
Qu’il est petit, se réjouit-elle.
Les autres, ce sont des géants, qui me font parfois peur, sauf mon papa et ma maman bien sûr, car lorsqu’ils me prennent dans leurs bras, tout va bien, je me sens chez moi.
Il me plaît bien, se dit-elle, toujours subjuguée.
Elle attire son attention par des a-reu à répétition, accompagnés de sourires épanouis. Lui est fasciné et n’arrive pas à détacher son regard.
Son alter ego bougeotte et s’exprime avec tant de véhémence.
Il est entièrement d’accord avec son discours et opine du bonnet, le sourire aux lèvres.
Ça y est.
Leurs âmes se sont connectées…
