Les baskets de Pauline

Ghis écrit, Graines de rêves

Les baskets de Pauline

Pauline boude. Sa maman vient de ranger ses nouvelles baskets dans le placard…

C’est tellement injuste. Elle les adore ! Elles sont blanches, parsemées de petites billes de couleur, et se ferment avec un scratch rose et bleu.

Ce que Pauline ne sait pas, c’est que ces baskets-là sont très spéciales.

Rangées dans le placard, sur une étagère, les baskets soupirent de déception. Elles ne s’attendaient pas du tout à un tel sort en choisissant Pauline.

— J’ai peur du noir, chuchote la basket gauche en tremblant.
— Moi aussi, murmure la basket droite.
— Je ne peux pas rester là… je vais étouffer…
— On va trouver un moyen de sortir, la rassure la basket droite.

— C’est impossible…
— J’ai une idée : on va sauter.

— Mais la porte est fermée…
— Pas complètement. Regarde… il y a un filet de lumière.

La basket gauche l’aperçoit enfin.

— Et après ?
— On pousse la porte, puis on cherche une fenêtre.
— Et si elle est fermée ?
— On se débrouillera. Déjà, on sera sorties d’ici.

— Tu as raison…
— Prête ?
— Je… je ne suis pas sûre d’y arriver…
— On est sportives. Je compte : un, deux, trois !

Et les deux baskets sautent.

BOUM.

Elles atterrissent en bas du placard.

— Ça va ?
— Oui… mais j’ai eu peur…

— Allons-y. Poussons la porte.

Elles s’adossent et poussent de toutes leurs forces. La porte résiste… puis cède enfin un peu. Elles se faufilent dans le couloir, éblouies par la lumière du jour.

— Ne restons pas là. Allons dehors.
— Mais tout est fermé…
— Non, regarde : la fenêtre de la cuisine est entrouverte !

— Elle est trop haute…
— On va s’entraîner.

La basket droite prend son élan… et retombe.

— Tu vois…
— C’est normal. On va y arriver.

Elles sautent encore. Et encore.

Après d’innombrables chutes, elles parviennent enfin à atteindre la fenêtre… et basculent dans le jardin.

— Aïe !
— Oui… mais on a réussi ! À nous la liberté !

Elles courent, sautent, se cachent derrière les buissons, évitent les flaques, les limaces et les escargots, et rient à en perdre le souffle.

— Stop… je n’en peux plus…
— D’accord… reposons-nous ici.

La basket gauche regarde autour d’elle.

— Regarde… on est toutes sales…
— Ce n’est pas grave. On nous nettoiera.

Blotties l’une contre l’autre, elles s’endorment.

Puis, soudain :

— Il faut rentrer… Pauline va nous chercher…
— Tu as raison. Mais plus jamais le placard.
— Non… restons sur le paillasson.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Elles rentrent, se glissent par la fenêtre — c’est plus facile dans ce sens — et se posent sagement sur le paillasson.

Pendant ce temps, Pauline s’impatiente. Elle ouvre le placard… mais les baskets ont disparu !

— Maman ! Mes baskets ne sont plus là !

Sa maman ne comprend pas. Ensemble, elles cherchent partout.

Puis—

— Pauline, elles sont ici !

Sur le paillasson. Couvertes de terre.

— Tu les as prises ?
— Mais non !

Pauline ne comprend pas. Comment ont-elles pu arriver là ?

— Tu les nettoieras, dit sa maman en s’éloignant.

Pauline reste seule, les regardant, perplexe.

Soudain, un murmure :

— « On va bien s’amuser avec toi, Pauline… mais s’il te plaît… ne nous remets plus jamais dans le placard… »

Elle se retourne.

Personne.

Peut-être rêve-t-elle…

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