« — Je n’y arrive pas ! » s’exaspère Anastasia.
Elle s’est lancée dans la construction d’un fabuleux puzzle — celui de son coup de cœur — mais les embûches se succèdent et bousculent son impatience.
Elle peste :
— Tout part de travers ! Les pièces refusent de s’emboîter, certaines sont déjà tordues… Résultat : néant absolu !
D’un geste brusque, elle balaie les quelques fragments assemblés. Les pièces volent et retombent sur la table dans un cliquetis désordonné.
Dépitée, Anastasia les contemple. Fixement… et presque méchamment. (Bon, d’accord, foudroyer du regard des morceaux de carton de trois millimètres d’épaisseur n’est pas sa plus grande minute de gloire, mais ça défoule).
Pourquoi est-ce si compliqué ? Ce n’est pourtant qu’une affaire de logique !
Elle soupire.
Et si ce puzzle obéissait à d’autres lois ?
S’il était fait d’électrons libres, de pièces rebelles prenant un malin plaisir à provoquer ?
Et si c’était lui, le jeu, qui décidait de sa propre mise en place, et non l’inverse ?
« Je divague, mais tout de même, il joue avec mes nerfs !
Il brouille les pistes, escamote les morceaux, malmène ses propres angles… et moi, je tourne en rond ! »
Et si… et si tout cela était délibéré ?
Exprès pour pimenter la partie et nous donner du fil à retordre ?
Exprès pour nous faire bifurquer, nous perdre hors des sentiers battus et nous inventer des escales inédites en nous entrainant dans des impasses ?
Exprès pour nous faire réagir, en se montrant volontairement indocile et chaotique ?
C’est lui qui mène la danse avec ses pièces à forte tête. Indéniable.
Mais. . . Confiance.
A mesure que le vide se comble, une cohérence se dessine, révélant une esthétique harmonieuse et insoupçonnée. Tout prend sens.
Grand soupir.
« Allez, je m’y remets et cette fois-ci j’y crois ! » se booste Anastasia en rassemblant ses troupes de carton éparses.
« Ce puzzle et moi, nous allons bien finir par nous accorder !!
PUZZLE et ELZZUP, c’est la même histoire !
