— Je veux danser avec les fées, répète Zéphyrin, la lippe boudeuse et les volutes sombres.
Son ami Sunny, le petit soleil, soupire de lassitude. Il ne comprend pas son obstination.
— Tu sais que les fées n’existent pas, lui répond-il.
— Si, elles existent, car j’ai déjà dansé avec elles… s’entête Zéphyrin.
— C’était dans ton rêve, lui rappelle Sunny.
— Eh bien, je veux retourner dans mon rêve pour danser avec elles…
Impossible de le raisonner.
Et cette conversation se termine toujours de la même façon : Zéphyrin s’en va en claquant l’air rageusement, et Sunny, découragé, replie ses rayons. La terre se couvre alors d’un voile gris et triste.
Sunny est inquiet pour son ami.
Zéphyrin ne souffle presque plus. Il ne joue plus… Lui qui adorait gratouiller l’herbe, chatouiller les fougères, jouer à cache-cache avec les feuilles, ébouriffer les oiseaux… plus rien de tout ça.
Zéphyrin, le petit vent malicieux, avait disparu.
Et la nature s’interroge :
Que peut bien couver son petit vent favori ?
Zéphyrin se traîne…
Son quotidien de petit vent ne l’intéresse plus du tout.
Depuis son aventure avec les fées et les étoiles, il n’a qu’une envie : les retrouver pour revivre la féérie de leur présence.
Il les cherche donc. Partout. Désespérément.
Il se relève la nuit, part en forêt… tourbillonne tant qu’il peut, s’étourdit et se perd dans l’obscurité. Mais ni le château, ni les étoiles, ni les fées n’apparaissent.
La forêt reste silencieuse et maussade.
Cette nuit-là, fatigué, il se pelotonne au creux d’un arbre et somnole.
— Zéphyrin… Zéphyrin… Zéphyrin…
— C’est moi ! C’est moi ! s’écrie-t-il en se réveillant d’un bond.
La voix est douce comme une caresse.
Puis un rire léger, cristallin et joyeux s’élève, comme une bulle d’eau qui éclate.
Très excité, Zéphyrin fonce à sa recherche. Il pense pouvoir la localiser, mais il se trompe. Il ne trouve rien. Le rire semble provenir à la fois du ciel et du plus profond de la terre.
Soudain, trois silhouettes scintillantes apparaissent.
Zéphyrin n’a pas peur. Il les regarde, hypnotisé. Il les reconnaît. Elles sont encore plus grandes, plus belles et plus majestueuses que dans son souvenir. Au-dessus de chacune d’elles brille une couronne d’or.
La forêt s’éclaire d’une lumière chaleureuse et mystérieuse.
Les fées étaient revenues.
— Tu nous as beaucoup sollicitées, lui dit la fée Margot.
— Tu voulais danser avec nous, continue la fée Morgane.
— Eh bien, Zéphyrin, nous sommes là pour toi, conclut la fée Viviane.
Zéphyrin est ébloui. Son rêve le plus fou se réalise. Il est même incapable d’articuler une parole. Son ami Sunny ne le croira jamais ! Mais quel bonheur…
Sous un dôme étoilé, un ballet magique s’improvise. Une musique aérienne et douce enveloppe l’espace. Les fées forment une ronde et virevoltent gracieusement, pendant que Zéphyrin évolue autour de chacune d’elles.
Le temps se fige.
Peu à peu, les fées ralentissent et encerclent Zéphyrin.
— Cher Zéphyrin, nous t’adorons, dit la fée Margot.
— Mais nous n’appartenons pas à ton monde, ajoute la fée Viviane.
— Tu dois revenir dans ta réalité, continue la fée Morgane.
Zéphyrin écoute à peine, trop heureux de côtoyer ses magnifiques partenaires. Il les dévisage l’une après l’autre, comme s’il voulait les incruster dans ses volutes. Il n’a même pas remarqué qu’elles ne dansent plus. Lui continue d’onduler au milieu du cercle d’or.
— Zéphyrin, chuchote la fée Margot, tu nous entends ?
Rappelé à l’ordre, Zéphyrin s’immobilise au centre de la piste magique.
— Ta vie de petit vent est importante, et tes amis aussi, dit la fée Viviane. Ils s’inquiètent pour toi…
— Mais moi…, balbutie Zéphyrin, cela ne m’intéresse plus… c’est avec vous que je veux rester.
— Cela n’est pas possible, répond la fée Margot. Nous n’existons pas dans ton monde.
— Promets-nous de reprendre ta vie de petit vent espiègle, dit la fée Morgane.
Zéphyrin ne réagit pas. Comme s’il ne comprenait rien…
— Nous allons bientôt disparaître, dit la fée Margot.
Zéphyrin se dresse subitement, comme s’il se réveillait.
— Déjà ?… On vient juste de commencer…, s’exclame-t-il, paniqué.
— Il est l’heure pour nous, répondent-elles en chœur. Et pour toi aussi, il est l’heure…
La fée Viviane se rapproche de Zéphyrin.
— Avant que nous ne disparaissions, promets-nous de redevenir Zéphyrin, le petit vent espiègle.
Zéphyrin tarde à répondre. Il soupire profondément. Il aimerait tant rester dans leur monde…
Comme si elle l’entendait penser, la fée Margot lui dit :
— Tu ne peux pas rester dans notre monde. Nous n’existons que dans les songes. Et toi, tu n’es pas un songe. Tu es un petit vent, et tu as un rôle dans la nature.
— Je vous le promets alors…, répond Zéphyrin. Mais vous reviendrez me voir de temps en temps ? plaide-t-il.
Les fées le regardent en souriant.
L’une après l’autre, elles disparaissent, emportant leurs étoiles. La musique les accompagne jusqu’au bout.
Dans le ciel, une traînée d’or en guise d’au revoir.
La lune éclaire maintenant la forêt comme en plein jour…
Zéphyrin s’élève lui aussi dans le ciel…
Tiendra-t-il ses promesses ?
