Zéphyrin est fatigué.
La nuit a été longue, beaucoup trop longue. Impossible de trouver le sommeil. Même son amie, Mademoiselle la Lune, avait disparu. À sa place, il n’avait trouvé qu’une obscurité profonde. Pas une étoile, pas une lueur. Juste une nuit noire, toute noire.
Il s’était senti abandonné.
Il tournoie péniblement pour s’étourdir, mais rien n’y fait. Au petit matin, épuisé, il finit par somnoler.
Son repos est de courte durée : le voilà cerné par de drôles de créatures, hurlant à ses oreilles. Il a beau les chasser, elles s’accrochent et le tourmentent.
Dans un sursaut, il bondit pour leur échapper.
Il se propulse de branche en branche, en claquant rageusement toutes les feuilles sur son passage. Sa colère gronde, emportant tout. Alors, il aperçoit une nuée d’oiseaux qui couvre le ciel. Ils jacassent, chantent, roucoulent à qui mieux mieux.
C’est insupportable.
Sans réfléchir, Il prend son élan et fonce brutalement au milieu groupe, l’éparpillant sans ménagement aux quatre coins de l’espace.
Un grand silence retombe. Les plumes s’ébouriffent et se froissent Les mésanges sont furieuses, elles sont complètement décoiffées et elles grelottent de froid.
Les rossignols et les pies crient leur colère.
C’est alors que Monsieur le Merle, leur chef respecté, s’avance. Sa voix, grave et ferme, perce le tumulte :
— Zéphyrin, nous célébrons notre cérémonie d’adieux. Aujourd’hui, certains d’entre nous s’envolent vers des terres lointaines. Nous les encourageons, car leur voyage sera long et périlleux. Respecte notre coutume.
— Mais vous pourriez le faire en silence ! rétorque méchamment Zéphyrin. Moi, j’essaie de me reposer !
Aussitôt, le ciel explose en cris : les corbeaux croassent, les tourterelles roucoulent, les pies jacassent, les cigognes craquettent, les pinsons et les hirondelles crient.
Trop, c’est trop !
Les oiseaux, outrés, ne veulent plus de cet intrus.
– « du balai Zéphyrin »
Le tintamarre infernal retentit dans l’espace.
Le vacarme alerte même les petits Stratus et Cumulus qui accourent, curieux. Sunny, tiré de son sommeil car il est très tôt, envoie quelques rayons en reconnaissance.
Que peut-il bien se passer dans l’univers à cette heure si matinale ?
Monsieur le Merle fait signe de se taire. Le calme revient, comme par enchantement. Il reprend, d’une voix douce mais ferme :
— Zéphyrin, on t’aime bien, mais tu dépasses les bornes. Nous t’ordonnons de quitter notre groupe immédiatement.
Zéphyrin reste figé. Jamais on ne lui avait parlé ainsi. Il bredouille, cherche ses mots, mais son cœur bat trop fort. Il n’a qu’une envie : disparaître.
Monsieur Le Merle poursuit :
— Je n’ai pas fini. Tes parents prendront bientôt le relais. Tu auras du temps pour te reposer… et pour apprendre à respecter les autres.
Zéphyrin baisse la tête. La honte l’envahit. Epuisé, il choisit la fuite.
En un souffle, il s’évanouit dans le ciel.
Le calme revenu, les oiseaux entonnent une mélodie claire et légère, et la cérémonie des adieux peut reprendre.
Mais Zéphyrin ?
Où est-il parti ?
Reviendra-t-il un jour ?