Anastasia s’est enfuie.
Elle est partie se réfugier à la campagne, avec l’idée de retrouver une forme de normalité. Solitude pour solitude, au moins ici, il n’y a pas d’ambiguïté. Le silence en est l’essence.
La vieille demeure, à la façade burinée par les tempêtes et patinée par le poids des ans, se dresse humble et fière, prête à l’accueillir.
La journée s’achève. L’obscurité enveloppe les bâtiments et les arbres. Silencieusement, Anastasia se glisse dans la maison. L’odeur d’humidité et le froid la saisissent, mais très vite, un sentiment de bien-être et de sécurité l’envahit. Elle est chez elle. Ici, rien ne peut l’atteindre.
Le froid humide la ramène à la réalité. Elle s’active. Les bûches, soigneusement empilées dans la remise, trouvent leur place dans la cheminée. Le feu crépite, les murs se réchauffent lentement. L’atmosphère devient un cocon. La magie opère. La soirée est douce et réconfortante.
Au réveil, la campagne lui offre une avalanche de cadeaux. Le jaune éclatant des jonquilles illumine les parterres. Sur la terrasse, une rose, seule et presque incongrue, se détache des arbustes encore nus, comme un clin d’œil d’espoir. Les bourgeons ont éclos.
Anastasia s’apaise. Ses tourments semblent appartenir à une autre vie. Peut-être est-ce une question de priorités, ou simplement le cycle de la nature ? Immuable, sans jamais être permanent. L’éternel recommencement a quelque chose de rassurant.
La nature lui révèle sa force : la métamorphose.
Elle sait dépouiller son royaume de couleurs et de chaleur, le couvrir de gris, de blanc et de froid. Et puis renaître, offrir des teintes éclatantes, une sève vibrante, un soleil à nouveau doux.
Belle au bois dormant un jour sans fin,
vivante et épanouie le lendemain.
Anastasia l’a compris. Elle reprend confiance.
Alors qu’elle marche vers le village, profitant de la clémence matinale, une biche traverse la route devant elle. Gracieuse, élancée, l’animal ne lui prête aucune attention et disparaît dans le champ voisin.
Anastasia reste immobile, subjuguée.
Un instant suspendu.
Un instant de ravissement et de réconciliation.
La journée commence sous de beaux augures. Elle se félicite de sa fugue : gagner du temps dans un lieu où le temps s’est arrêté depuis longtemps.
(Écrit en 2021)
