Léonie est terrifiée.
Recroquevillée au fond de son lit, elle se bouche les oreilles pour ne plus entendre les rugissements du dragon. Le monstre hurle de colère et secoue la maison de toutes ses forces comme s’il voulait l’écraser.
— Qu’il s’en aille, cet horrible monstre, supplie Léonie. Il me fait trop peur.
Tremblante, elle s’enfonce davantage sous sa couverture. Elle n’ose même pas rejoindre la chambre de papi et mamie. Et pourtant, elle aimerait tant retrouver les bras rassurants de son papa et de sa maman.
Soudain, elle se sent soulevée puis emportée. Tout tourne autour d’elle. Elle voudrait appeler au secours mais aucun son ne sort de sa bouche.
Le dragon l’a attrapée, c’est certain.
Puis, brusquement, tout s’arrête.
Les hurlements ont cessé.
Léonie ouvre un œil, puis l’autre.
Elle est assise au pied d’un grand chêne, sur un tapis de mousse parsemé de fleurs multicolores. Au-dessus d’elle, le ciel est d’un bleu profond et les oiseaux chantent doucement.
Sa chambre a disparu.
Où sont papi et mamie ?
— Il ne faut pas rester ici, entend-elle soudain.
Léonie regarde autour d’elle sans voir personne.
— Ici ! Devant toi !
Un petit lapin brun et blanc se tient sur ses pattes arrière.
— Tu… tu parles ?
— Bien sûr. Je m’appelle Bunny.
— Moi, c’est Léonie.
— Je sais. Mais il faut partir. L’Ours n’aime pas les étrangers.
— Encore un monstre ?
— Pas le temps d’expliquer. Suis-moi !
Le lapin bondit à travers la clairière.
Léonie se lance à sa poursuite.
— Plus vite ! Plus vite ! crie Bunny.
À bout de souffle, elle s’efforce de ne pas perdre de vue sa petite queue blanche.
Enfin, Bunny s’arrête devant un minuscule trou.
— C’est ici. Entre vite !
— Impossible ! Je suis beaucoup trop grande.
— Essaie quand même.
Terrifiée à l’idée de rencontrer l’Ours, Léonie se contorsionne. À sa grande surprise, sa tête passe… puis ses épaules… puis tout le reste.
Quelques secondes plus tard, elle atterrit dans une petite caverne étonnamment confortable.
Bunny la rejoint.
— Chut ! Plus un bruit.
Des coups sourds résonnent bientôt au-dessus d’eux. Le sol se met à trembler.
Léonie se recroqueville.
Elle ose à peine respirer.
Enfin, le vacarme s’éloigne.
— L’Ours a terminé sa ronde, explique Bunny. Tu es sauvée.
— Je voudrais rentrer chez moi, murmure Léonie.
— Ne t’inquiète pas. Nous allons t’aider.
Ils ressortent de leur cachette.
À peine dehors, une immense ombre recouvre la clairière.
Léonie lève les yeux.
Une tortue géante se tient devant elle.
Sa carapace dorée brille comme un trésor au soleil.
— Bonjour Léonie, dit-elle avec douceur. Je m’appelle Gertrude.
— Vous connaissez mon nom ?
— Ici, tout le monde te connaît.
Léonie reste bouche bée.
— Monte sur mon dos. Je vais te raccompagner.
Avec précaution, elle grimpe sur la patte tendue de Gertrude puis escalade sa carapace comme une montagne. Une fois installée, elle s’accroche à son long cou.
— Bien installée ?
— Oui.
— Alors en avant !
Gertrude se met en route tandis que Bunny ouvre le chemin.
De là-haut, Léonie découvre un monde merveilleux.
Des mouettes tournoient dans le ciel.
Une élégante girafe vient marcher à leurs côtés.
Plus loin apparaissent des biches, des cerfs, des renards et toute une famille de petits lapins.
Peu à peu, la peur de Léonie disparaît.
— Que vous êtes beaux ! leur lance-t-elle.
Les animaux semblent ravis.
— Tout le monde voulait te rencontrer, explique Gertrude.
Léonie sourit.
Elle n’a presque plus peur du tout.
Soudain, Gertrude s’arrête.
— Regarde devant toi.
Léonie reconnaît aussitôt le grand chêne.
— Mais… c’est la clairière où je suis arrivée !
— Exactement. Nous sommes à destination.
Léonie descend prudemment.
Fatiguée, elle va s’adosser au tronc.
Autour d’elle, les animaux forment un cercle silencieux.
Les renards s’installent au premier rang.
La girafe grignote les feuilles du chêne.
Les petits Bunny se serrent les uns contre les autres.
Tout semble paisible.
Puis Léonie aperçoit quelque chose au loin.
Son visage se décompose.
— L’Ours ! L’Ours là-bas !
— Il n’y a pas d’ours ici, ma chérie.
Léonie ouvre brusquement les yeux.
Sa mamie est penchée au-dessus d’elle.
— Et le dragon ? demande-t-elle encore toute ensommeillée.
— Il n’y a ni ours ni dragon.
Léonie se redresse.
Elle est dans son lit.
— Mais où sont Bunny et Gertrude ?
Mamie sourit.
— Tu rêvais encore.
Léonie regarde son pyjama puis ses pieds.
— Pourtant, j’étais sûre d’avoir de la terre partout…
— Tu as fait un drôle de rêve, répond mamie en riant. Allez, viens prendre ton petit déjeuner.
Léonie se frotte les yeux.
Puis elle murmure :
— Mamie… si tu savais ce que j’ai vu…
