Habituellement, la semaine a ses couleurs.
Le lundi est gris, mais perlé — « eh oui, il faut bien commencer la semaine… »
Le mardi, marron mais réconfortant — « on y est, courage, ça va passer ».
Le mercredi, teinté de bleu, laisse entrevoir l’espoir — « on est sur la bonne voie ».
Le jeudi, légèrement orangé — « encore un peu de patience… le meilleur arrive ».
Le vendredi, vert éclatant, gorgé de promesses — « ça y est, nous y sommes ».
Le samedi, joyeux chaos de couleurs — « je fais ce que je veux ».
Le dimanche, soleil intégral — le Graal : « plein feu sur le plaisir et la détente ».
Mais aujourd’hui, il n’y a plus d’éclat. L’arc-en-ciel des jours a perdu sa vitalité.
Insidieusement, sans qu’on y prenne garde, les journées se sont décolorées, comme passées sur un mauvais programme de lavage. Elles se teintent désormais de taupe — élégant, mais sans relief.
Que s’est-il passé ? Une erreur de programmation ? Trop de javel ?
Mais alors, comment fait-on maintenant pour distinguer un dimanche d’un jeudi ? Un lundi d’un mercredi ? Comment leur redonner leur éclatante personnalité ?
Et si les couleurs n’étaient pas parties ? Si elles étaient simplement devenues trop timides pour ce monde qui tourne trop vite ?
Il faudrait alors réapprendre le silence et la lenteur. Apprivoiser la patience, baisser le bruit ambiant, et attendre que le vert et le jaune osent enfin ressortir de l’ombre.
