11 avril 2020 – Babette s’en va-t’en guerre

Babette

11 avril 2020 – Babette s’en va-t’en guerre

Le monde est-il devenu fou?
La ville de Wuhan est confinée. Ces informations provenant de Chine sont très perturbantes. Babette y pense constamment et compatit à la détresse de cette population enfermée.
Ici, tout va bien.

Comment imaginer la vie quotidienne de ces captifs ? C’est impossible. Une telle mesure n’est même pas imaginable.
Ne plus avoir le droit de sortir ? être emprisonné chez soi ?
Inconcevable.
Vision surréaliste de villes entièrement désertées. Complètement vides. Une fiction ?! Les chinois ont peut-être tout inventé ?
Mais ces annonces de décès par centaines, par milliers ? Et ce virus qui galope, Ne peut-on pas l’arrêter ? jusqu’où ira-t-il ?
Flippant.

 Babette gamberge. Elle s’inquiète. La Chine, c’est loin. Pauvres gens. Qui aurait pu deviner ?
Elle se rassure. Des décision radicales et pharaoniques à la taille de ce pays surdimensionné, ça peut s’expliquer… Mais en aucun cas, cela ne pourrait arriver en Europe. Impossible de penser à autre chose toutefois. Et si ? …Elle rejette l’impensable avec vigueur.

C’est loin la Chine…oui, mais…. Le monde entier n’est qu’à quelques heures de vol, si on réfléchit bien.
Babette s’apaise. C’est loin. Ce n’est pas nous.
Le virus a débarqué en Europe. ? Il vient d’arriver en Italie.
Effroi. 
Babette guette les informations avec consternation. La course mortelle se poursuit. Mais, l’Italie ? ce n’est pas nous….
Ne plus y penser. Retour aux projets et aux « to- do list ». La semaine prochaine, départ pour la campagne. Plein de travail avec la saison estivale.

17 mars
L’impensable prend voix. CON FI NE MENT. Incongrues et effrayantes, les syllabes résonnent comme le son du tocsin.
Pas nous ! se défend encore Babette, assommée par la violence du coup.
Elle a du mal à respirer. Elle va s’étouffer.
Les murs de son appartement se resserrent. Il n’y a plus d’air. Elle va s’évanouir.
Repousser la panique. Respirer.

Le déluge d’informations est glaçant. Paris à son tour est méconnaissable.
De la science-fiction mal ficelée. Ou plutôt un cauchemar. Peut-être va- t-elle se réveiller et reprendre sa « to do list » ?
Non, elle ne dort pas. Une autorisation de sortie est même exigée. La liberté est aliénée.
Tout bascule. On ne sait pas encore dans quoi. C’est le chaos.
Repenser sa vie. Se calfeutrer. Se méfier.
S’alimenter aussi C’est obligé.

Panier sous le bras, Babette atterrée se rend au magasin. Consternation, il n’y a plus rien !!Ses concitoyens se sont jetés sur les denrées pour stocker et stocker encore. Vent de panique. Encore.
Comment faire pour survivre ?Elle se force à réfléchir. Penser « stratégie ». Etudier les horaires, les approvisionnements, déjouer les attroupements et se faufiler à la bonne heure. Théorie parfaite. Sauf que maintenant rien n’est logique.
Ils sont toujours là, les gens, même si d’après ses calculs, ils ne devraient pas y être.
Le magasin est méconnaissable, atrophié avec ses rayons vides, comme un moignon menaçant avec ses marquages au sol, ses rappels à la citoyenneté.

L’air est lourd. Compétition de survies. Chacun pour soi. Le premier sera le mieux servi.
En quête de nourriture, Babette, résignée, prend sa place dans la file, devant le magasin. Masquée, gantée, à bonne distance de son voisin, elle attend son tour. Dans le silence.
Acheter des denrées pour survivre devient l’objectif unique de la journée.
Et la peur. Elle s’installe. Sournoise et insidieuse. Peur des poignées infectées, du sol souillé, du passant qui vous frôle, du magasin trop fréquenté…Psychose.

Les jours passent. Déjà vingt-six jours se sont égrenées depuis la terrible annonce.
A chaque réveil, se rappeler que l’horizon c’est encore la maison.
Un cérémonial de protection avant chaque sortie et de désinfection après chaque retour se met en place. Tout est bon pour occuper son temps et se rassurer.

Babette est encore en phase d’assimilation. Elle tente de s’approprier la nouvelle donne et de s’y résigner. Mais c’est un gros boulot mental que d’accepter l’improbable : l’état de siège.
Un état de siège. Comme à la guerre, Sauf que la guerre, c’est un récit, une série d’expériences d’un temps jadis, vécues par d’autres….

Le surréalisme devient réalité en se faisant quotidien.
Et ensuite ? Une fois rassuré(s) d’avoir de quoi survivre, que faire de ce temps qui s’étale en jours qui n’ont plus de couleurs… ?
Chercher ? Se découvrir, Se réinventer ? Dur. On a perdu l’habitude.
L’espoir est peut-être là, après tout ? Un temps pour tout réorienter. Pour apprécier la valeur et la préciosité de chacun des détails que l’on prend pour acquis.

Babette n’en peut plus. Son cerveau va exploser à force de cogiter. Elle n’a pas l’habitude ! Courbatures des méninges à défaut de celles des mollets !

On se donne rendez-vous quand ? Dans vingt-six jours… dans vingt-six semaines ? Nous reconnaitrons nous ?!

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