La valse des cheveux blancs et des cheveux gris

Au fil des jours, Ghis écrit

La valse des cheveux blancs et des cheveux gris

Place du marché, jour de semaine.

Les cheveux blancs et gris se croisent, virevoltent, tournoient. Inlassablement. Une chorégraphie savante et gracieuse, rejouée chaque mercredi au cœur du village.

Ils sont tous là. En couple, en bande ou solitaires, jamais absents au rendez-vous. Certains se faufilent en douce pour grignoter une place ; d’autres prennent la file à l’envers, comme des enfants pressés. pourtant, ils ont tout leur temps ! Mais c’est plus fort qu’eux, comme un écho de cour de récréation — entre petite compétition, jeux et moqueries.

Il y a les clans, les meneurs, les suiveurs qui opinent du bonnet. Les couples timides qui se tiennent la main, par habitude ou par peur de se perdre. Les solitaires qui se rapprochent, mine de rien, pour ne pas en rater une miette. Saluts, conciliabules, bousculades légères.

Éclats de rire étouffés, sourires entendus, clins d’œil complices. On commente le quotidien, on échange potins acidulés et civilités, avec le marchand connu depuis toujours comme avec l’inconnu de la file.

La place est le théâtre de leurs vies.

On remplit son cabas tout autant qu’on ravive son cœur. L’un ne va pas sans l’autre.

Et quand sonne l’heure du retour, chacun repart revigoré, comme neuf. De quoi tenir jusqu’au prochain marché… jusqu’à la prochaine danse.

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