17 mai 2020 – Chasser le mauvais esprit

Babette

17 mai 2020 – Chasser le mauvais esprit

Toujours pas revenue, la joie. Et pourtant, Babette y met du cœur. Les formules magiques, les incantations par nuits de pleine lune, les bruits de crécelle… rien.  Le temps passe et rien ne se passe comme prévu. Déboussolée, Babette ne sait plus à quel saint se vouer…

J’ai sans doute sous-estimé l’ampleur de la tâche se dit-elle désabusée. Mais où est-elle donc partie, cette joie ? Que faut-il que je fasse de plus pour qu’elle revienne ? Je dois me rendre à l’évidence : quoique je fasse, le poids de la nouvelle donne écrase toute velléité de légèreté et d’insouciance.

Dé-confinée, Babette se sent toujours confinée. Etrange ce cerveau. Long à intégrer les nouveautés. Son service de protection reste activé : c’est le bouton rouge, haute sécurité. Angoissée par l’omniprésence du virus, Babette instaure un rituel strict, presque militaire, précédant chaque sortie de son domicile. Au retour, manœuvres identiques mais à l’envers.

L’objectif est de se carapacer et se rassurer. Sinon, gare !! Le fléau est derrière la porte, prêt à bondir… Mais cela ne va pas sans tiraillements. Babette est partagée, voire déchirée entre deux options de vie :
D’un côté, la soucieuse stressée qui vérifie ; organise, prioritise, synchronise chacune des étapes qu’elle définit ; De l’autre, la révolutionnaire qui ne veut plus de cette rigueur et qui menace de sortir sans précautions.

Tout ne va pas donc pas pour le mieux dans le monde de Babette !!
Quand Babette est à son poste de commandant en chef, elle passe en revue la totalité de son artillerie : masque sur le nez ou dans le sac plastique, lotion dans la poche et carte de paiement prête à dégainer ; elle termine par un dernier contrôle global avant de mettre le pied dehors… un quart d’heure plus tard.

Cependant, plus elle répète ce rituel, plus elle craint de développer un T O C…Et si un jour, je ne pouvais plus du tout sortir de chez moi ? La catastrophe se dit-elle. Il faut absolument que je me surveille de très près. Mais quel dilemme ! Entre ces deux maux, lequel choisir : se faire attaquer par un ennemi invisible ou devenir obsédée au point de ne plus sortir ?
Dans les deux cas, l’issue est fatale…en conclue Babette. Mais je ne suis tout de même pas la seule à vivre ce dilemme infernal se révolte-t-elle ; d’autres ressentent peut-être la même angoisse ? Quel dommage de ne pouvoir en parler !  je suis certaine que cela me rassurerait sur ma santé mentale. Mais bon, ce n’est pas possible puisque je ne vois plus personne.

Résignée, Babette reste songeuse un instant sur son manque d’entrain et d’enjouement.
Je comprends maintenant pourquoi la joie ne revient pas, s’écrie d’un coup Babette. C’est d’une évidence ! j’aurai dû m’en douter. La joie a peur, tout simplement. Elle se cache le plus loin possible de cette paraphernalia qui l’effraie et éloigne aussi tous les joyeux drilles qui l’accompagnent. Peut-être faut-il négocier un compromis entre l’angoissée et la rebelle que je suis et trouver un juste milieu ?

Cela serait la voie de la sagesse, en conclue Babette, soulagée. Donc, on se met à l’ouvrage, tout de suite. Il est grand temps de réagir et de se dé-confiner avec grandeur et ampleur pour retrouver la vieille copine de toujours, cette belle joie de vivre.

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