Ce matin, au « bar » de l’entreprise, c’est ambiance des grands jours : on renifle, on hoquette, on se tortille dans tous les sens. On pleure même !
Helen, à l’origine de ce tsunami, est pliée en deux en racontant son après-midi avec William.
Elle explique à son auditoire qu’ils devaient visiter un centre à Levallois-Perret. Elle lui avait suggéré de réserver un taxi pour simplifier les choses. Mais William s’était entêté à prendre sa voiture, une belle Mercedes, gros calibre, qu’il couvait amoureusement et adorait piloter.
— Comme vous le savez, je n’ai pas le sens de l’orientation et William non plus, ce qui m’inquiétait.
Il a donc mis son GPS… enfin, je lui ai programmé… et, comme prévu, il nous a fait tourner en rond.
Nous avons mis deux bonnes heures au lieu de la demi-heure annoncée !
Il était rouge d’énervement.
Mais ça, ce n’est rien ! Il m’a joué un tour pendable dans le parking ! De l’inédit ! Du William des très grands jours !
Vous ne pourriez jamais l’imaginer ! Moi-même, je n’en reviens toujours pas !
Helen réprime un hoquet de rire avant de reprendre :
— Une fois stationné, il s’est rendu compte qu’il était coincé. Il s’était garé trop près du mur et ne pouvait plus descendre de son côté. Vous savez qu’il est loin d’être spécialiste en manœuvres, n’est-ce pas ?
Toutes sourient. Elles savent.
— Tout à coup, sans crier gare, il s’est allongé brusquement sur moi, le bras tendu vers ma portière.
Stupeur de l’auditoire.
— Au début, je pensais qu’il voulait absolument m’ouvrir la portière. Ce qui était déjà complètement idiot. Mais non… il voulait passer !
Les rires éclatent déjà.
— J’avais beau lui demander de me laisser sortir d’abord, rien à faire ! Il continuait sa progression, le bras toujours tendu… sauf qu’il ne pouvait pas avancer puisque je bloquais l’accès !
Oh là là ! L’auditoire tente de se représenter la scène.
— J’aurais tout donné pour disparaître sous la voiture !
Non seulement j’étais horriblement gênée par cette situation ridicule, mais surtout coincée sous un poids beaucoup trop lourd !
Imaginez une seconde votre patron allongé de tout son long sur vos genoux dans un espace réduit !
Impossible de projeter une telle image sans éclater de rire.
— Pour ne pas risquer de le toucher… et encore moins de lui caresser sa tête dégarnie — ça, berk, non merci ! — je gardais les bras tremblants en l’air.
Les larmes coulent maintenant sans retenue.
— J’ai fermé les yeux, les bras toujours levés, en me disant que ce cauchemar finirait bien par s’arrêter un jour… J’ai eu l’impression que ça durait dix ans !
Cascades de rires.
— Un après-midi qui s’annonçait pourtant si tranquille… soupire-t-elle.
— Et après ? demande France, haletante.
— Il a fini par sortir ! Tête en avant… en roulé-boulé ! Une souplesse insoupçonnée d’ailleurs !
— Qu’a-t-il fait ensuite ?
— Lui ? Rien. Il est parti.
Moi, j’ai enfin réussi à m’extirper. Dans sa grande bonté, il avait laissé la porte ouverte… mais mes jambes ne me portaient plus.
J’ai hurlé de soulagement — ou de colère, je ne sais plus — et c’est l’écho du parking qui m’a répondu !
On souffle enfin. Les yeux sont encore mouillés.
— Ah, ce bougre ! reprend Helen. Il n’y a que lui pour se mettre — et me mettre — dans des situations aussi ahurissantes !
Épais mystère… petite crise de démence passagère ?
Helen a préféré ne pas lui poser de question, trop honteuse et embarrassée — ce qui est un comble.
Quant à William, fidèle à lui-même, il a repris le cours de sa journée avec un naturel désarmant… comme si rien ne s’était jamais passé.
